JP Plunier

Pourquoi mettre JP Plunier dans la rubrique famille? Tout simplement parce qu'il en fait partie !! JP Plunier, français d'origine a découvert Ben et est en partie responsable de son succès aujourd'hui. Il a joué au départ le rôle de grand frère pour Ben pour ensuite devenir son producteur sur l'ensemble de ses albums, à l'exception de son dernier, "Diamonds on the inside".

Voilà ce que Ben Harper en dit :

Ben Harper : JP Plunier est bien plus qu'un manager - producteur - photographe. Sur l'album The Will To Live, il a collaboré à l'écriture de "Mama's tripping", il a fait les arrangements des morceaux, réalise les vidéos, fait les photos des pochettes...

On travaille de manière très proche. Je crois que l'on peut entendre ma relation avec JP dans ma musique. A un moment ou à un autre, on l'entend intervenir sur le son.
Je travaillle tout le temps, j'écris tous les jours. Ensuite, quand il est temps d'enregistrer, je lui joue les morceaux à la guitare et on essaie de se mettre d'accord et de choisir les meilleures chansons.
On essaie différentes idées: réunir deux chansons pour n'en faire qu'une, intégrer un quatuor à cordes, prendre tel genre de basse, tel genre d'ampli etc...

On a la même sensibilité et les mêmes aspirations. Je le laisse créer dans tous les domaines, artistiques, graphiques. On a rarement des disputes musicales et je lui fais entièrement confiance en tant que producteur.
Producteur, ça ne veut pas dire qu'il met de l'argent; il est un peu comme un réalisateur; il fait les arrangements et choisit la façon dont les morceaux doivent se développer.

Ben Harper : C'est un peu un grand frère pour moi et parfois c'est l'inverse, je deviens une sorte de grand frère pour lui... ou plutôt un bon petit frère. C'est parfois même des relations de père et fils... la manière la plus claire de nous définir est "meilleurs amis".

Changer de producteur? - NO WAY!


JP à droite avec Ben au Folk Music Center.

JP fût interviewé en 2000 par Guitar Collector's :

Sandra Salazar : JP, c'est pour Jean-Pierre ou Jean-Paul?
JP Plunier : Jean Pierre, mais personne ne m'appelle comme ça. Je n'ai jamais grandi en France. J'ai grandi un peu partout; Sri Lanka, Thaïlande, Liban, Japon, Egypte...

Sandra Salazar : Tu dois parler plein de langues!
JP Plunier : Je parle japonais mais je ne le pratique pas. Je suis allé aux Etats-Unis plusieurs fois avant ma majorité et une fois que j'ai eu 18 ans, je suis allé habiter là-bas. J'ai fait une école polytechnique en Californie. Après j'ai obtenu un autre diplôme dans le bled où habitait Ben, j'étais à la fac à Pomona. J'y ai fait la connaissance de sa famille et de leur magasin. Je l'ai rencontré quand il avait huit ans.

Sandra Salazar : Et alors, quelle impression?
JP Plunier : Et bien, rien, c'était un môme comme les autres.

Sandra Salazar : Qu'est-ce qu'un polytechnicien est allé faire dans le magasin des grands-parents de Ben?
JP Plunier : C'est un magasin d'instruments folkloriques du monde entier, c'est fantastique, c'est un peu une caverne d'Ali Baba. J'adorais la musique et j'ai toujours eu des instruments de tous les pays où j'étais allé, dont notamment une bombarde bretonne, que je leur ai offerte. Le magasin est aussi un musée qui fait partie du système des musées américains. Ils avaient besoin d'une bombarde, je leur ait donné la mienne, pour représenter le Bésévatch!

Sandra Salazar : Tu es donc Breton?
JP Plunier : Je suis moitié breton, ouais!

Sandra Salazar : Ça fait partie de ton identité de manière significative?
JP Plunier : Oui, c'est difficile d'y échapper. Je n'ai pas grandi en Bretagne mais quand j'y allais, je jouais de la musique, j'étais fan de toutes les choses un peu protestataires des années 60, comme Dylan, Jimi Hendrix...
Il y avait aussi des mouvements bretons, qui musicalement, étaient moins intéressants mais qui étaient locaux; j'y trouvais mes racines, j'achetais des bouquins, j'étais fasciné par ça.
J'étais aussi fasciné par les instruments à bourdon, comme les cornemuses et les binious. Les grandes cornemuses écossaises ont trois bourdons et des harmonies assez développées. Dans un autre registre, c'est un instrument qui, comme le violoncelle, se rapproche un peu du chant humain. Ça fait vibrer d'une manière assez émotionnelle, je trouve.

Sandra Salazar : On sent une dualité entre le polytechnicien et le passionné de musique...
JP Plunier : Dans une vie, on a plein de passions. J'adorais le surf, c'est pour ça que je suis allé en Californie, c'était la Californie ou Hawaii. Il faut dire que juste avant ça, j'habitais au Japon, c'était donc une étape géographique logique, quelque part. Je continue à faire du skate, je viens d'acheter une baraque à côté d'un skate park.

Sandra Salazar : Comment est-ce qu'on devient producteur-manager, après toutes ces tribulations?
JP Plunier : Je ne suis pas un manager, je m'occupe plutôt de la carrière de Ben et de où est-ce qu'il doit paraître, ce qu'il doit faire, quelle image projeter etc... Comment arriver à ce à quoi on a envie d'arriver.
Producteur en musique, c'est très différent de producteur au cinéma, qui est celui qui chope les thunes, qui fait marcher l'affaire financièrement. Producteur en musique, c'est plutôt comparable à un réalisateur de film; je réalise les albums.
Je ne suis pas ingénieur du son, j'ai déjà fait des petits trucs mais je suis pas un pro. Par contre, je suis un philosophe du son et de la musique - bon, je me vante pour rien mais je réfléchis à la musique.
Ben m'apporte les morceaux qu'il joue à la guitare et à partir de ce moment là, je propose de partir dans telle direction, d'avoir telle ou telle instrumentation; gong chinois, violoncelle et flûte indienne... Ensuite, je choisis les musiciens, les ingénieurs, je discute avec eux du but peut-être même métaphysique, de la musique que je voudrais obtenir.
Par exemple, sur le premier morceau de l'album Welcome To The Cruel World (The three of us), je voulais que la personne qui l'écoute ait l'impression que Ben était assis sur son lit et jouait le morceau rien que pour elle. Comment recréer ça au travers du son, comment pousser l'artiste à donner une performance qui recrée cette ambiance-là.
Autre exemple, sur "Show me a little shame" (Burn To Shine), j'ai fait plein de prises pour pouvoir arriver à quelque chose de complètement original et ne pas tomber dans des phrasés à la Otis Redding, parce que c'est une chanson de soul classique, dans l'écriture. Pour avoir des phrasés un peu différents, qui traversent l'univers généré par ce morceau, j'ai fait des choses différentes que j'ai recollées ensuite ensemble, pour faire quelque chose qui est plus fort que ce qu'on a jamais entendu de Ben. Je pense que là-dessus, sa voix est carrément majestueuse! Ce qu'il a fait là, c'est quelque chose qui a été crée en studio.

Sandra Salazar : Donc, quand on écoute Ben Harper, il y a une large part de toi derrière?
JP Plunier : Tout producteur peut avoir une influence, mais moi, ce que j'essaie de faire, ce n'est pas de montrer une large partie de moi. Quand j'entend les morceaux de Ben - ou n'importe quel autre singer-songwriter - s'ils sont bons, ils ont du mérite, même sans aucun arrangement. C'est juste un bon morceau. C'est quelque chose qui a tout de suite un impact.
La part de moi, c'est un peu de mon univers, parce que j'ai des connaissances, je collectionne des disques depuis toujours, je m'intéresse à plein de choses, que ce soit du classique, de la Pop du Hip-Hop, de la musique thaïlandaise, indonésienne, native-américaine etc...
J'ai une collection de vinyles et CD assez importante. Je suis sûr que certains en ont dix fois plus que moi mais ce que j'ai, c'est assez épuré, c'est l'essentiel, des trucs qui me font ressentir des archétypes musicaux. Après, j'essaie d'intégrer ça à la musique d'autres gens.
Quand je travaille avec Ben, je veux que ce soit lui qui ressorte. C'est facile de faire des arrangements mais il faut que ça reste Ben. C'est pour ça que parfois, j'ai un peu peur: la performance est mortelle, mais est-ce qu'on sent que c'est vraiment lui? C'est ça, le challenge le plus important. C'est pour ça que quand tu dis qu'il y a une large partie de moi, j'espère qu'elle est cachée et je crois qu'elle l'est.
Les gens ne remarquent pas la production qu'il y a derrière mais elle est très très complexe. Chaque note est étudiée. Les mecs qui viennent en studio sont hallucinés par le temps que je prends! Ce que je veux, c'est avoir un truc tellement bien fait qu'on ne remarque jamais que ça a été calculé, parce que ça résonne avec le morceau. Il y a une fréquence de résonnance, tout le morceau vibre, il prend sa vie - je ne dis pas que j'y arrive à chaque fois - mais le but c'est ce "zen" du son.

Sandra Salazar : Tu es donc là pour l'aider à être lui même.
JP Plunier : Et l'aider à dépasser ses propres limites. Je me rappelle au début de l'année, il était fâché contre moi parce qu'il avait plein d'interviews à faire, ce qui le rend fou et je le comprends. C'est pas facile de parler toute la journée intensément et passionnément de ce qu'on aime faire et après d'aller chanter. C'est le même instrument, c'est la voix, le diaphragme.
Dans "The woman in you", il y a des cris incroyables. Un truc comme ça, physiquement, c'est pas à la portée de tout le monde. Ça demande une certaine concentration, une préparation physique et mentale. Le pousser au-delà de ses limites sur chaque disque, moi, je trouve ça super exitant.
Sur chaque album, on essaie d'avoir une approche un peu différente, tout en restant aux racines de l'affaire. Y'a des gens qui préfèrent le premier parce que c'est acoustique, d'autres le dernier parce que c'est électrique mais le but n'est pas d'aller le plus vite possible; c'est de faire un beau voyage. Si tu vas d'ici à Tokyo, sans t'arrêter à Kualalumpur ou à Bankok, t'es simplement allé d'ici à Tokyo, alors que le but du voyage, c'est pas d'aller à Tokyo - Je sais que je ne dis rien de nouveau- le but du voyage, c'est le voyage, c'est d'aller voir ce qui se passe à côté, de s'arrêter à Bombay. Y'a une sorte de syncrétisme qui se produit.

Sandra Salazar : Il parait que c'est toi, qui lui a tendu une guitare électrique la première fois?
JP Plunier : On était en studio, on écoutait le morceau ("Glory and consequence") et je lui disais, que ce qui serait bien, ce serait un délire mais vachement plus cru. Les lumières étaient très basses et j'habitais à deux minutes du studio. J'ai appelé l'assistante pour qu'elle amène sa caisse et pendant que Ben faisait une prise, je suis allé chez moi et j'ai pris la guitare, qui était prête, je l'ai ramenée au studio. Il ne s'était pas rendu compte que j'étais parti deux minutes et il ne le sait toujours pas. Je lui ai dit, "tiens, essaie celle-là". En fait, il a kiffé!
Il l'a fait en une prise, c'était vraiment très spontané. Ça fait très guitariste de 15 ans qui joue dans son garage avec ses potes. C'est ça que j'ai trouvé mortel. Le reste du groupe disait "mais non, c'est pas assez travaillé" alors qu'à mon avis, c'est ça le charme du truc.
J'ai plein de guitares, dont une Fender Stratocaster 57, une des plus belles dont j'ai jamais joué. Il s'est servi de celle-là, il a kiffé et il a commencé à acheter ses propres guitares électriques.

Sandra Salazar : Quelle était la nécessité de passer à l'électrique?
JP Plunier : Avant, on amplifiait des guitares acoustiques et ça trouve rapidement ses limites; une guitare acoustique ne peut être poussée que jusqu'à un certain point, même en l'amplifiant. On arrive à avoir des larsens sur commande mais c'est pas le même impact.
Là, il est parti dans une direction plus électrique, ce que je trouve très bien, mais ça ne veut pas dire que c'est éternel, ça va avec les morceaux qu'il joue en ce moment.
Pour nous aussi, sur la route, c'est beaucoup plus facile. Les guitares dont il jouait avant ont entre 70 et 100 ans! Dès que t'as un changement de température, le bois est en extension ou en contraction, t'es jamais accordé. T'as toujours des problèmes parce qu'il y a un petit bout de bois qui est parti, une petite frette qui se barre etc... Là, ce problème est un peu résolu.
J'aimerais bien revenir à certains sons acoustiques, une fois qu'on aura traversé cette phase. Quand on sera allé à Tokyo, on reviendra sur Istambul! (comme revenu à lui) Je sais pas si c'est très évocateur, comme image, mais je suis dans mon truc...

Sandra Salazar : Pas du tout, c'est très parlant! Effectivement, Ben Harper a surgi avec un son unique dès son premier album, alors qu'il y a des gens qui mettent des années à arriver à ça. Son revirement électrique parait d'autant plus surprenant...
JP Plunier : Je sais qu'il y a même des interviews où il a dit qu'il ne jouerait jamais d'électrique, mais il n'y a pas de jeu dans tout ça: "on dit ça cette année et puis l'année prochaine on les emmerde et on dira autre chose!" Non! Mais tu découvres des choses, et tu changes d'avis. C'est très important de pouvoir changer d'avis, comme il est très important d'avoir des principes. Ce sont deux choses différentes.
C'est vrai qu'il y a des gens qui viennent me voir en me disant "ah, t'as produit les albums de Ben Harper? Le premier était vachement mieux!" Si je peux juste commenter ça, je pense que non seulement il avait un son sur le premier album, mais même au niveau de l'écriture, c'était un album qui pour plein d'autres artistes, serait un peu l'apothéose de leur carrière. Là, je me vante carrément, mais honnêtement, des artistes qui peuvent faire Welcome To The Cruel World, y'en a pas beaucoup.
Ben, c'est quelqu'un d'exceptionnel, il l'a toujours été, même en tant que môme. Il a su canaliser beaucoup de choses. Le problème qui se pose à la plupart des artistes, c'est que pour le premier album, tu as canalisé tout ce qui t'es arrivé dans ta vie et au second, tu n'as plus rien à dire. Il faut qu'il y ait un suivi et une évolution importants, enrichissants, satisfaisants.
Par exemple, avant l'enregistrement de Burn To Shine, lui, ma copine et moi, on est allés faire un petit voyage de surf. On a chargé les planches, on est parti vers Malibu et pendant le voyage, je passais plein de choses différentes: du Bowie, AC/DC, Black Sabbath. Ben est peu comme une éponge; quand il écoute des choses, il les ressort à sa manière, je le sais depuis longtemps. Il y a des choses de ce voyage qui ont été absorbées et qui sont ressorties dans Burn To Shine de façon très intéressante, comme sur "Less". C'est vachement "Sabbath" et puis le tempo est coupé en demi temps dans la seconde partie du morceau. C'est une idée de Dean, à la batterie. Tous les membres du groupe contribuent. Mon job, c'est un peu de coordonner tout ça. Je pense que ce qu'on a fait résonne chez les fans: ils sont aussi prêts à chanter "Walk away" que "Burn to shine".

Sandra Salazar : Comment a débuté la collaboration artistique?
JP Plunier : Je le connais depuis gamin mais on s'est un peu perdus de vue, il a grandi, moi aussi. Il a fait ses trucs, moi les miens. Au début, moi, je devais pas le manager, je faisais des vidéos, des trucs comme ça. Il m'a fait passer une cassette de son tout premier album (Pleasure And Pain), parce qu'il a fait un album avant de commencer chez Virgin, qui est connu des fans. Il en a fait 1500 copies vinyles dans son bled. Il m'a fait passer ça. Il y avait trois morceaux complets qui étaient de lui et puis des reprises.
Je lui ai proposé de faire des photos et puis il a vu ce que je faisais. Petit à petit, il s'est passé des choses, j'ai fait une petite vidéo de "Whipping boy", sans synchro, sans rien, j'ai tout fait à la main. C'était vraiment très très roots. Y'avait d'autres mecs qui s'intéressaient à lui mais ils n'arrivaient pas à piger l'affaire. Ils lui disaient: "Il faut que tu prennes des cours de chant, que tu changes ça ou ça...". Moi, je n'avais pas du tout la même vision. J'en ai discuté avec Ben, il m'a joué des morceaux, je lui ai fait des suggestions et il est tombé tout à fait d'accord avec moi, c'est comme ça qu'il le sentait. C'est comme ça qu'on a commencé à travailler ensemble.

Sandra Salazar : Comment est-ce que vous avez réussi à être signés sur un label?
JP Plunier : Les labels qui voulaient le signer le voyaient plutôt dans le créneau Ry Cooder. J'adore toutes les musiques traditionnelles, j'aime même bien les préservationnistes parce que sans les mecs qui collectionnent les guitares et les vieux disques, on aurait pas d'héritage, on ne saurait pas d'où ça vient, mais en même temps, refaire ça, c'était pas notre truc, il fallait rajouter quelque chose, une nouvelle sauce. Les mecs étaient prêts à signer un truc qu'ils avaient déjà vu. Moi, ce que je voulais, c'était aller vers un côté plus alternatif des choses.
Quand je parlais aux mecs des labels de tourner avec les Chili Peppers ou Pharcyde, ils ne comprennaient pas, ils me disaient "attend, c'est du Ry Cooder!".
Au final, on a tourné avec PJ Harvey, Pearl Jam, The Roots, Pharcyde, Fugges, enfin on a été hyper éclectiques. Là, je revient à mon rôle de manager. On a pu créer notre propre univers.

Sandra Salazar : Quel est l'environnement culturel de la ville de Claremont, dans laquelle Ben a grandi?
JP Plunier : Dans cette région, Inland Empire, d'abord tu as des universités et une station de radio KSPC (www.kspc.org), qui existe depuis le début des radios universitaires américaines. C'était une radio de grande influence dans les années 60. Ça a été la première radio à commencer à passer du Pop-Rock aux USA, à passer du Hip-Hop, avant même toutes les radios commerciales, avant même New York.
Je peux te dire que dans ce bled là, il y avait aussi deux mecs qui étaient ensemble à la fac, John King et Mike Simpson, les Dust Brothers. C'est tout petit, mais quand tu cherches un peu, y'a des choses qui se passent.
Dans les années 1970, il y a eu tout un mouvement de Country-Rock. Dans les magazines, on dit toujours que c'est les Byrds et Gram Parsons qui ont commencé, mais en fait, ça a commencé dans ce bled là.
Les premiers mecs à avoir fait de la World, c'est aussi des types de là-bas, notamment David Lindley et Chris Darrow, qui sont deux des plus grands joueurs de slide vivants. C'est d'ailleurs Darrow qui a appris plein de petits trucs à Duane Allman.
La racine de la slide guitar, à part le Delta, pour moi, c'est ce village de Claremont. Là bas, tu as Chris Darrow, David Lindley et Ben Harper qui sont trois des meilleurs guitaristes slides du monde, aujourd'hui. Tout ces mecs-là sont passés par le magasin des grands parents de Ben, que ce soit Ry Cooder qui venait pour réparer ses instruments ou les mecs des Flying Burritos Brothers et même des groupes de punk, Christian Death. C'est un truc séminal.

Sandra Salazar : Qu'est ce que faisait le père de Ben, dans tout ça?
JP Plunier : Il était percussionniste. Le magasin, c'est du côté de la famille de sa mère. Son père est mort, le lendemain du match France-Italie au stade France, le jour où Ben avait un concert en Belgique. Il a fait son concert et il est rentré.
Le père de Ben, c'était un pote à moi. C'était un mec incroyable. J'étais trop jeune pour être son ami, j'étais un branleur d'universitaire mais je le voyais. C'était un mec bien à part, j'ai eu un lien avec lui, je le trouvais fantastique.

Sandra Salazar : Je crois que "Suzie Blue" a une histoire particulière.
JP Plunier : Le groupe qui joue sur Suzie Blue, c'est un groupe de professeurs des universités du coin qui tous les mardi jouaient au Nick's Café. C'est un lieu qui existe depuis 20 ans, dont le propriétaire est un italien de Chicago, Nick Sandro. C'est le centre de performances musicales du village.
La mère de Ben a joué au Nick's, comme plein d'autres gens qui achetaient leurs instruments au magasin. Ben, je le voyais tous les mardi au café en train de checker le groupe. C'était un petit jeune, avec sa coupe afro, qui se baladait, qui jouait comme un môme, il était pas exceptionnellement différent des autres. Il avait des petits t-shirts rayés, pareil que maintenant mais en plus petit!

Sandra Salazar : Tu travailles avec d'autres artistes que Ben Harper?
JP Plunier : Non, pour la simple et bonne raison que je le manage, je produis les disques, je fais la direction artistique des albums. C'est un travail à plein temps.
Ça veut pas dire que je m'intéresse pas à d'autres choses. Je bosse de façon complètement anonyme et volontaire en studio. Y'a souvent des artistes qui me demandent de venir les aider, donner une direction. Il y a quelques personnes avec qui j'aimerais bien approfondir ça, mais ma dévotion, elle est à Ben.
Dans ses paroles et dans ses disques, il vise assez haut - ce qui ne veut pas dire que c'est forcément autobiographique. Il voudrait vivre en accord avec ses paroles, il se donne des buts, même un peu plus bas mais il essaye et je crois que c'est quelque chose de très positif. Je suis à 100% derrière ça, je voudrais qu'il puisse atteindre le monde entier, comme Bob Marley, sans faire de comparaison hâtive, en restant intègre.

Sandra Salazar : Tu perçois bien le danger de la perte d'intégrité ou de son altération, en tout cas?
JP Plunier : Je ne sais plus qui avait dit ça mais la seule chose qui soit permanente, c'est le changement. L'intégrité n'est pas en danger et c'est pas en faisant de la musique électrique qu'elle le sera. Tu peux la perdre dans les deux sens: tu peux t'isoler, tu peux t'exposer trop. L'idée de base, c'est de faire de la bonne musique, basta. Ce n'est pas de prêcher un message, même si parfois il y en a un et parfois non.
Ce qu'on a voulu faire dès le début, c'est des choses qui nous plaisaient et de qualité. Et ça, c'est vrai non seulement dans la musique mais aussi dans les pochettes d'album. Avant de faire ça, je faisais de la photo, des films. Avoir l'opportunité, sur The Will To Live, d'avoir une photo de Richard Misrach, qui a fait la photo des vaches ou Peter hill Beard, qui a fait la photo des éléphants, pour moi, c'est un peu être les conservateurs de notre musée de trois pages et de pouvoir utiliser ça pour une musique qui, je pense, le mérite. D'ailleurs, si eux ont accepté et ils ne le font pas souvent, c'est pour moi hyper flatteur. Ça veut dire qu'ils respectent l'artiste et la direction artistique des autres albums. C'est une joie de faire des choses de qualité. Tu ne peux avoir ce genre de collaboration uniquement qu'en faisant les choses bien.

Sandra Salazar : Quelle serait ta plus grande satisfaction?
JP Plunier : Ma plus grande satisfaction, ce serait de voir dans 20 ans, dans un magasin de disques, un mec ou une fille à côté de moi trouver un disque qu'on a fait et dire "ah putain, je le cherchais depuis longtemps, celui-là!" Comme je fais moi quand je cherche des disques qui ne sont plus édités depuis 20 ans. Sauf que s'il continue à marcher comme ça, ses disques seront très faciles à trouver. C'est très possible et c'est ce que je pensais depuis le début, peut être que ça va devenir tellement énorme que ça va devenir comme les disques de Hendrix, tu les trouves tous, mais ça, c'est pas à moi de le dire.
Je suis allé faire un tour dans la foule et la tranche d'âge, c'est carrément incroyable, c'est de 12 à plus de 60 ans! Des gens qui sont venus parce qu'ils en avaient entendu parler par leurs enfants ou petit enfants. Pour moi, c'est fantastique. C'est le genre de satisfaction qui ne s'achète pas, tout le marketing du monde ne fait pas ça.

Sandra Salazar : Aujourd'hui, tu es une sorte de père spirituel, pour Ben Harper?
JP Plunier : C'est pas à moi de le dire. Je sais pas. Je suis son copain, son associé, je suis plus âgé donc sur certaine choses j'ai une réflexion différente. Il peut me poser des questions, j'essaie de répondre aussi honnêtement que possible, pour continuer sur la route qu'on a choisie.